Dépression

Mon séjour au poste 300 – Partie 1

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Préposé :         « Madame St-Cyr, voici une jaquette d’hôpital, vous pouvez aller la mettre dans la salle de bain juste ici et nous ramener vos vêtements, on va les placer dans un casier le temps que vous serez ici. »

Moi :               « Non merci. Je suis correcte avec mes vêtements. »

Préposé :         « Je vous comprends madame St-Cyr, mais nous n’avons pas le choix, je dois vous demander de mettre une jaquette. »

Permettez-moi de vous mettre en contexte.

C’était en juin 2010. Il faisait beau, c’était l’été. Depuis quelques mois, j’occupais un nouvel emploi de coordonnatrice où j’étais en charge de promouvoir l’entrepreneuriat chez les jeunes de 18 à 35 ans dans ma région et leur fournir un accompagnement en comptabilité. C’était un défi intéressant et stimulant.

Mais au niveau psychologique, je n’allais pas bien.

Au travail comme à la maison, j’étais souvent en pleurs, pour aucune raison particulière (du moins, j’étais incapable de l’identifier à ce moment-là). Les journées passaient et les moments de pleurs devenaient plus fréquents et duraient plus longtemps. Au début, je me disais que c’était le stress d’un nouvel emploi. Peut-être aussi que les finances serrées n’aidaient pas, sans oublier que mon couple battait de l’aile…

Puis une journée, la détresse est devenue insupportable. Je la sentais monter en moi et n’avais aucune capacité de concentration à ma tâche. Je me suis mise à pleurer de façon inconsolable. À un point tel que je me sentais perdre la tête, comme si je devenais étourdie et perdais contact avec la réalité. J’ai su à cet instant que quelque chose ne fonctionnait pas. Ayant peur de ce qui pourrait se produire, j’ai tout laissé là. Je suis embarquée dans mon auto et j’ai appelé ma sœur pour lui dire que j’allais à l’hôpital. Elle a tout de suite répondu qu’elle venait m’y rejoindre.

Arrivée à l’urgence, une fois passée au triage, j’ai été transférée du côté de l’urgence en santé mentale, qu’on appelle le poste 300. C’était la première fois que j’entrais à cet endroit. Un département sous constante surveillance, portes barrées avec aucune possibilité de sortir sans l’accord du personnel. Tout comme en prison.

Les quelques nouveaux entrés, nous portions nos vêtements ordinaires avec lesquels on était arrivés.

Tous les autres portaient une jaquette et des pantoufles bleues. Je me souviens m’être dit à moi-même que personne, absolument personne, n’allait me forcer à mettre une de ces jaquettes. Ce que je ne savais pas par contre, c’est que j’allais séjourner au poste 300 pour plus de 36 heures.

Si je vous fais une brève description des lieux, c’était une salle d’attente avec un comptoir au centre où un ou deux préposés étaient présents en tout temps. Derrière ce comptoir des préposés, toujours au centre du département, il y avait une autre pièce fermée, mais vitrée. C’était la salle des infirmiers (è) s et médecins. Eux aussi gardaient un œil attentif aux gens dans la salle d’attente. À gauche du comptoir des préposés, il y avait des chambres d’isolement et environ 4 à 6 sièges dans le corridor qui se prolongeait jusqu’à l’arrière de la salle des infirmier(e)s. En face du bureau des préposés, il y avait quelques autres sièges dans la partie corridor et derrière, les bureaux où les médecins rencontraient les patients. Puis, en avant à droite, il y avait une section salle à manger avec quelques tables, une télévision et quelques fauteuils et puis, toujours à droite, une salle de bain avec douche et lavabos. Chose bizarre qui m’a sautée aux yeux, il y avait une porte pour accéder à la toilette et une pour entrer dans la douche, mais aucune porte pour accéder à la salle de bain.

On pouvait donc entendre tous les petits bruits subtils et moins subtils qui se produisent habituellement quand on va à la toilette. Inconfortable, je me suis dit que j’allais me retenir très longtemps avant d’être obligée d’aller dans cette pièce, et même que j’allais tout faire pour éviter d’y aller tout court. Encore une fois, je ne savais pas ce qui m’attendait.

Ma sœur est arrivée peu de temps après. Elle m’avait apporté un plateau de fruits comme collation. Mais au poste 300, il est interdit d’apporter quoi que ce soit à un patient ou à toute personne en attente de voir le médecin. Sécurité oblige. Le préposé en charge a donc inspecté tout ce qui était dans le sac de plastique de l’épicerie et a ensuite autorisé que je mange les fruits, mais en avertissant que cela ne serait pas permis une prochaine fois.

Moment humiliant #1.

Ma sœur a passé une bonne partie de la journée avec moi et ma mère est aussi venue nous rejoindre. Ensemble, nous avons tenté de dédramatiser la situation en faisant des « jokes » et en essayant de tourner cela un peu à la blague, question de détendre l’atmosphère et m’encourager quelque peu. Certains diront que cela était stupide d’en rire, mais pour moi, cela m’a beaucoup aidé à accepter ce qui m’arrivait et à ne pas sombrer encore plus dans le désespoir. Ma famille a été d’un très grand soutient et très compréhensive avec moi, je les remercie du fond du cœur.

Ce qui devait arriver tôt ou tard arriva ; j’avais besoin d’aller aux toilettes. J’ai donc demandé à l’un des préposés qu’on me laisse sortir de la salle d’urgence barrée pour aller à la salle de bain dans un autre endroit de l’hôpital « plus discret ». La réponse fut un non catégorique. J’ai tenté de lui expliquer qu’il n’y avait aucun danger, que je n’avais pas l’intention de me sauver (je m’étais après tout rendue là volontairement par moi-même) et que ma sœur m’accompagnerait. La réponse resta NON. Malgré mon angoisse et mon malaise, j’ai dû me résigner à aller à la toilette dans la salle de bain sans porte.

Moment humiliant #2.

Une fois la soirée venue et le personnel ayant changé de quart de travail, c’est là qu’un d’entre eux est venu me voir avec une jaquette à la main. Je n’avais pas la force de m’obstiner. J’ai mis l’*&+i de robe bleue avec les chaussettes agencées.

Moment humiliant #3.

Après la collation du coucher, on m’a informée que j’allais passer la nuit sur un des lits pliants à l’arrière de la salle du personnel infirmier. Un tout petit espace à même le corridor menant à un autre département où six demi-lits étaient entassés les uns contre les autres. Hommes et femmes mélangés, chacun ne sachant pas de quel problème psychologique ou psychotique l’autre souffre. J’aurais normalement peut-être dû avoir peur. Mais, ne me demander pas pourquoi, je me sentais malgré tout en sécurité parmi ces inconnus, tous aussi souffrants et en peine que je l’étais moi-même.

Le lendemain fut une journée de décompression et d’acceptation de la réalité. Assise tranquille dans la salle d’attente (car rappelons-nous que j’étais toujours en attente de rencontrer un médecin de l’urgence), avec ma jaquette bleue, les cheveux gras et décoiffés, sans maquillage, les yeux bouffis à cause des pleurs de la journée précédente, j’ai passé la grande majorité de ma journée à regarder le va-et-vient dans ce local où nous étions tous confinés. Je n’en revenais pas de me retrouver à cet endroit, me sentant toute « décrissée » de la vie. Mais en même temps contente de m’y être rendue, car je ne sais pas ce qui serait arrivé sinon.

Au cours des heures qui ont suivi, j’ai observé les gens, leurs attitudes et comportements.

J’ai été touchée par certains, émue et triste par moments et fâchée à d’autres instants. Je vous raconte la suite de ce séjour dans mon prochain article, car j’ai encore beaucoup à vous partager. Que de spécimens se retrouvent dans cette salle d’urgence, oufffff (et je ne dis pas cela de façon dénigrante ou en jugeant, car, après tout, j’étais moi-même sur les lieux en tant que patiente) !

En tout et partout, j’ai attendu 36 heures avant de voir un médecin. Les urgences débordaient partout et on en parlait même au bulletin des nouvelles tellement la situation était critique dans les hôpitaux, avec des patients couchés sur des civières un peu partout dans les différents corridors.

Je prends le temps de raconter cette histoire, ce que j’ai vécu, car je sais que je ne suis pas la seule.

Nous sommes beaucoup plus nombreux qu’on le pense à se rendre à l’urgence pour troubles de santé mentale. Mais personne ne s’en vante. On garde cela secret. C’est honteux. C’est un échec personnel. On a peur d’être critiqué, d’être jugé rejeté. On craint de perdre son emploi et plus encore.

Se retrouver à l’urgence, dans la section réservée aux gens en détresse psychologique, aux prises avec des troubles de santé mentale, ça donne un choc, je vous le dis. C’est troublant. C’est humiliant. Mais est-ce que ça doit vraiment être secret et honteux ? Non. On peut s’en sortir. Il y a de l’aide, beaucoup d’aide disponible. Les professionnels qui se dévouent corps et âme à tous les jours pour nous sont très nombreux (travailleuses sociales, psychologues, psychiatres, thérapeutes, accompagnateurs, etc.). Mais encore faut-il s’admettre à soi-même avoir besoin d’aide et accepter d’aller la chercher. On est parfois son pire ennemi. Une fois qu’on lâche prise, non pas sur la vie, mais sur notre orgueil et notre fierté, on peut prendre la route de la guérison. J’ai tellement de belles choses qui me sont arrivées malgré mes épisodes de découragement et de dépression. Je suis aujourd’hui une personne heureuse et dévouée à mon tour à inspirer et à motiver. Si je peux contribuer à défaire les préjugés qu’entretiennent plusieurs, encore aujourd’hui, au sujet des problèmes de santé mentale, cela aura valu d’en parler et de raconter ma bataille et mon processus de guérison en la matière.

En guise de mot de la fin et d’ici à ce que je vous revienne le mois prochain, je vous laisse sur cet extrait :

Toujours assise sur un des sièges dans la salle d’attente, changeant d’un à l’autre aux heures environ pour bouger un peu et me dégourdir les fesses, j’aperçois une dame entrer. Elle est accompagnée, bien entendu, par un membre du personnel qui l’amène au comptoir des préposés. Malgré un pas au ralenti, un visage triste et un regard perdu, elle est très bien vêtue avec un sac à main de marque. Sa coiffure, contrairement à moi, est impeccable et elle porte de splendides bijoux qui semblent d’une grande qualité. Et il m’est venu un petit pincement au cœur, tout d’un coup, en pensant qu’ils viendront tantôt lui porter à elle aussi cette fameuse jaquette bleue.

 

Katy St-Cyr xxx

Qui suis-je ? Je suis une simple personne qui travaille depuis toujours à vaincre son complexe d’infériorité et bâtir sa confiance en elle-même. Maman 4x, hyperactive et allergique au ménage, ma mission est d’inspirer et motiver les femmes à s’aimer, à développer leur leadership personnel et réussir leur carrière.

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